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La "faitdiverstité"




Connaissez-vous la « faitdiverstite » ?

Sans doute pas car je viens de forger ce vilain néologisme. En revanche, comme beaucoup, vous subissez cette maladie endémique qui progresse dangereusement.


Mais de quoi s’agit-il ? En vérité, la « faitdiverstité » est une maladie dont le virus est largement connu sous le vocable de fait divers ; durant des dizaines d’années le germe

pathogène était peu virulent et les personnes infectées vivaient avec la maladie sans trop en souffrir. Cette affection est devenue un véritable fléau médiatiquement transmissible.



Un seul exemple permet d’illustrer l’étendue des dégâts : en juin dernier la France commémorait l’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle ; pour l’occasion, le Président de

la République élevait au grade de grand officier de la Légion d’Honneur le dernier survivant des 177 membres du commando Kieffer qui débarqua aux côtés des alliés en juin 1944 sur la plage d’Ouistreham. Les médias audiovisuels, notamment les chaines d’infos, ne consacrèrent que

quelques instants à cet évènement mémoriel de portée nationale ; en revanche le même jour, ces mêmes médias nous assenèrent plusieurs heures de direct consacrés à l’élucidation d’un meurtre en cours d’instruction !


Plus généralement la pression médiatique est telle que, désormais, tout fait divers à caractère crapuleux donne lieu à des conférences de presse télévisées du procureur de la République qui se sent obligé de rendre compte du quoi, du qu’est-ce et du comment du déroulement de l’instruction.


Mais entendons-nous bien : lors de la vague d’attentats islamiques provocant les carnages de Charlie, du Bataclan ou de l’Hyper Cacher, compte tenu de la nature des attaques terroristes et de l’immense émotion qu’elle entraîna, il était absolument logique que le procureur François Molins rende compte auprès des Français des faits et de l’avancée de la procédure tout en refusant de répondre à toute question et en prenant bien soin d’éviter de mettre en danger l’enquête en cours.


Aujourd’hui, l’utilisation à haute dose et à jet continu des faits divers sordides par les chaînes d’infos embolise gravement le reste de l’actualité politique, culturelle, sportive ou sociétale. Au seuil d’une période électorale décisive, ce véritable dévoiement d’une certaine forme de journalisme me semble être de nature à amplifier le climat d’insécurité et d’incertitude dans lequel notre démocratie risque de s’enliser dangereusement.


Ce billet d'humeur est paru dans le n° 34 de Lumières Internationales.

Nous n'avons rien changé à l'article : rien n'a changé ... depuis 2019 !


Image : Montage photos Pixabay par caac40

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