Le « pignarûl » : le feu ancestral qui unit mémoire et avenir
- Pierpaolo Freschi

- il y a 2 jours
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Au cœur de l’hiver frioulan, entre le 5 et le 6 janvier, l’une des traditions les plus anciennes et identitaires du territoire est renouvelée : le pignarûl. Un grand feu de joie, construit avec du bois, des branches et des résidus agricoles, est allumé à l’occasion de l’Épiphanie et autour duquel les communautés se réunissent depuis des siècles.

Les origines du pignarûl remontent à des rites païens préchrétiens, liés au cycle des saisons, au monde paysan et au culte du feu comme élément de purification et de renaissance. Brûler « l’ancien » signifiait symboliquement laisser place à la nouvelle année, en souhaitant la fertilité des champs, la prospérité et la protection. Avec l’avènement du christianisme, le rituel a été intégré au calendrier liturgique, sans toutefois perdre sa profonde valeur symbolique.
L’un des aspects les plus fascinants du pignarûl est l’interprétation de la fumée : la direction prise par les flammes et les cendres était interprétée comme un présage pour l’année à venir. Certains racontent que les étincelles allant vers la mer sont de bon augure, tandis que celles se dirigeant vers la montagne sont de mauvais augure. Un savoir populaire transmis oralement, qui témoigne du lien profond entre l’homme et la nature.
Aujourd’hui, le pignarûl n’est pas seulement une commémoration folklorique, mais un moment d’identité collective. Autour du feu, on partage des mots, de la nourriture et du vin chaud ; on renforce le sentiment d’appartenance et on préserve une mémoire qui continue de parler au présent. À une époque de transformations rapides, le pignarûl reste un geste simple et puissant : un feu qui illumine le passé et réchauffe l’avenir.
Quel que soit son nom — « pignarûl » ou « panevin » en Frioul, « foghera vecia » ou « casera » en Vénétie —, il possède une valeur propitiatoire qui exprime la volonté de brûler l’ancien pour laisser place au nouveau.




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