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San-Antonio

Son culte sur la sellette ou l'Immortel qui s'ignorait

par Corso Maltais


Il est des personnalités que l’on connait depuis toujours et dont l’absence apparait comme un caprice de l’Histoire. Ces artistes ou intellectuels du Panthéon personnel de chacun ont laissé une empreinte telle qu’on se demande parfois ce qu’elles auraient pensé de notre époque ou de nos contemporains.

Frédéric Dard, qui aurait eu 100 piges en juin 2021, y figure peutêtre. San-Antonio plus exactement, tant ses polars sont prépondérants à plus d’un titre, sur tout le reste de son oeuvre.


Pour la jeune classe connectée que l’on pardonne d’avoir peu connu les kiosques et pour les rétrécis du bulbe effrayés en leur temps par certaines couvertures grivoises, sachez que San Antonio est une vraie curiosité de la Littérature.


Oui, un vulgaire roman policier peut être un authentique objet littéraire. Mieux que ça, il vulgarise la littérature en la mettant à la portée de tous, tous milieux confondus.


Non seulement San-Antonio est vulgaire, mais en plus il est grossier ! disait ma bignole qui n’avait jamais lu Rabelais. Comme elle avait raison d’avoir tort !


Bien trop iconoclaste pour briguer les honneurs de l’Académie, gardienne du bon usage de la langue française, San-Antonio a inventé la sienne avec tout un petit monde qu’on a tous connu ou croisé dans la vie. De Félicie, sa vieille maman, toujours inquiète pour son « Grand »

à son fidèle brasdroit, l’Inspecteur Alexandre-Benoît Bérurier, bâfreur au grand coeur, plus enclin à prodiguer des infusions de phalanges aux malfrats qu’à passer la théière chez la sous-préfète. Sans oublier l’espiègle Marie-Marie, la très burlesque Berthe ou encore l’amusant Brigadier Poilala… La liste de ses personnages, pétris d’humanité, dont l’épaisseur croît au fil des 174 volumes, s’est enrichie depuis 1949, année du début de la saga.

174 volumes de 1949 à 2001

Il ne s’agit pas que d’un roman policier bien ficelé, truffé de saillies drolatiques ou paillardes, mais d’un genre à part. Dard avait compris que le lecteur était plus féru du style de l’auteur que de l’intrigue du bouquin.


L’auteur aime les énumérations et peut à la manière de Queneau, nourrir une page entière, essorant la langue jusqu’à la dernière goutte pour rendre compte au lecteur de son état d’esprit ou pour qualifier son adjoint Bérurier de mille et un surnoms taillés sur mesure. Les mots sont éprouvés, amputés, triturés quand ils ne sont pas purement inventés. « Quand j’ai besoin d’un mot que ma langue me refuse, je l’invente ! » martelait-il, « le néologisme, c’est la langue qui fait ses besoins » enfonceleclouait-il de plus belle !


L’enrichissement d’une langue déjà fort bien pourvue, par l’apport progressif

d’expressions langagières détournées ou de délicieuses trouvailles imagées a alimenté bon

nombre de sujets de thèses. Les San-Antoniaiseries rencontrent un tel succès que ...


Cet article est paru dans le numéro 35 de Lumières Internationales, retrouvez la suite de cet article ici



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