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Catane : la communauté juive sicilienne interdite de synagogue

Photo du rédacteur: Luisa Pace
Luisa Pace
il y a 3 heures
4 min de lecture


Un scandale éclate autour de la cession des locaux de la mairie de Catane destinés à la synagogue.

La saga judiciaire qui place la communauté juive de Catane au cœur de la tempête se poursuit. J’ai déjà écrit à plusieurs reprises sur la communauté juive de Catane, à laquelle j’appartiens avec une grande joie. Une communauté qui a ravivé la flamme de l’appartenance juive sur l’île.


Cette communauté est certes petite, mais elle a le grand mérite de maintenir ouverte la seule synagogue en activité de toute la Sicile. Quiconque, de passage sur l’île, souhaitait prier ou simplement écouter le récit des vicissitudes des Israélites dans ce coin de paradis au cœur de la Méditerranée — depuis l’expulsion de 1493, sur ordre des souverains espagnols, puis celles imputables à l’Inquisition, et jusqu’à tout ce qui en a découlé au cours des siècles — n’avait qu’à frapper à la porte et demander à entrer. Il aurait été accueilli de la meilleure façon qui soit.

Lorsque la communauté a été refondée, il y a près de dix ans, ses fondateurs se sont fait la promesse suivante : « Nous sommes de retour après plus de cinq cents ans et, cette fois-ci, personne ne nous chassera. »


Dès le début, le parcours de la nouvelle association a été semé d’embûches. En effet, elle a très vite été qualifiée de « communauté rebelle », car elle n’a pas voulu demander son adhésion à une association de droit privé, connue sous le nom d’UCEI (Union des communautés juives italiennes). Après des années d’escarmouches, de mises en demeure et de répliques cinglantes, l’UCEI a décidé de poursuivre en justice la communauté de Catane afin d’obtenir une condamnation qui la priverait du titre de « communauté ».


Dans le monde juif, où, selon l’enseignement biblique, Dieu crée les choses en les appelant par leur nom, la privation du nom équivaut à les dépouiller de leur essence. La prestigieuse première chambre civile du tribunal de Catane a rejeté la demande imprudente de l’Union et confirmé la légitimité de l’action de la communauté locale. L’Union a fait appel devant la cour d’appel, dont l’audience de jugement aura lieu au printemps prochain.

L’action en justice intentée par l’Union témoigne d’un grave dysfonctionnement au sein du judaïsme reconnu sur le plan administratif, ainsi que d’une mauvaise gestion des relations et des règles.


Il convient d’ajouter que la municipalité de Catane avait engagé, par les délibérations du conseil municipal n° 67 de 2015 et n° 179 de 2016, un cercle vertueux en faveur des minorités. Celui-ci s’était concrétisé par l’attribution d’une partie inutilisée d’un immeuble à la communauté de Catane, afin que les citoyens de confession juive puissent y aménager une synagogue où prier.


Or, après des années de relations mutuellement cordiales et amicales, la mairie a demandé, en mai dernier, à récupérer les locaux, dans le but d’une hypothétique valorisation de ceux-ci. Une valorisation qui n’a jamais été précisée concrètement et qui, probablement, n’existe pas.

Au cours de la procédure judiciaire, il est apparu que l’UCEI avait écrit au Maire pour lui demander de ne pas poursuivre la relation de concession avec la communauté de Catane, devenue au fil des ans une communauté très active. Celle-ci, confiante dans le succès de ses initiatives destinées au public et présentant également un intérêt touristique, avait toutefois omis de présenter une demande de renouvellement de la concession, se fiant notamment à une lettre antérieure du service chargé de la gestion du patrimoine, qui la rassurait quant à la poursuite de cette relation.


La nouvelle de l’ingérence de l’UCEI a suscité colère et étonnement parmi les Juifs de l’île. C’est pourquoi la communauté de Catane, qui s’était toujours montrée discrète dans cette affaire, a cette fois pointé du doigt le scandale et publié la lettre dans laquelle l’UCEI suggère au maire de la ville au pied de l’Etna de ne pas maintenir la délégation de mission accordée à sa communauté rivale.

Malheureusement, le tribunal administratif de Catane a confirmé la décision d’évacuation des locaux, la jugeant légitime.


Depuis le début, je suis cette affaire, qui a quelque chose d’incroyable. Une histoire de luttes intestines sans merci au sein de la communauté juive italienne.

J’ai contacté Maître Giuseppe Sciacca, du barreau de Catane, qui s’est occupé de l’ensemble de ces litiges, afin de savoir si un appel serait interjeté contre cette dernière décision du tribunal administratif autorisant la libération des locaux. Maître Sciacca a indiqué que le comité directeur de l’Institut se réunirait dans les prochains jours pour se prononcer officiellement à ce sujet.


À titre personnel, il a toutefois tenu à préciser que, dans une affaire marquée par tant d’irrégularités humaines : « Il convient de respecter cette règle de bon sens qui suggère de ne pas rester dans un endroit où l’on n’est plus le bienvenu, même si cette situation résulte d’un très mauvais conseil. ».

Il a ajouté : « Renoncer à l’appel serait une décision extrêmement douloureuse, compte tenu de l’histoire de la communauté au château de Leucatia, des perspectives d’activités futures prévues, notamment avec la participation d’acteurs internationaux et d’éminents rabbins italiens, ainsi que dans la perspective d’un mariage entre des résidents de l’île, sans oublier le fait que le bâtiment, propriété de la municipalité, a été construit par une famille juive aisée de Catane. »


La morale de cette histoire, s’il en existe une, est que l’UCEI, qui, sous cette forme, ne trouve aucun équivalent dans d’autres pays, n’a jamais respecté la formation de cette communauté. Selon la culture juive, elle aurait dû s’en réjouir plutôt que de l’ostraciser.

En tant que journaliste, je me pose donc une question toute simple : « Quel intérêt l’Union des communautés juives italiennes (Unione delle Comunità Ebraiche Italiane) a-t-elle à faire la guerre à ce point à une nouvelle communauté ? Une guerre menée sans vergogne, d’autant plus en cette période si triste qui a suivi la tragédie du 7 octobre 2023. Une tragédie qui devrait nous pousser à être plus unis face à la tristesse de cette période et aux dangers que nous courons également hors d’Israël. »

Déformation professionnelle oblige, quand l’acharnement ne s’arrête pas, il doit bien y avoir anguille sous roche.


Nous sommes à la veille de Roch Hachana, le Nouvel An juif, mais à Catane, il n’y aura pas de réunion festive. Le cœur n’y est pas.

Être ostracisé par l’ennemi est une chose ; l’être par les membres de son propre peuple est insupportable !

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