De Gaulle, Malraux et la Culture
- Alain Camilleri

- il y a 2 jours
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« La Culture domine tout » (Charles de Gaulle, 15 mai 1965)
Charles de Gaulle aura bien sûr marqué l’Histoire par son appel du 18 juin 1940, point de
départ de la résistance à l’occupant nazi ainsi que par la création de la Ve République et
l’entreprise de décolonisation. Mais ces fracas de l’Histoire ne sauraient occulter l’action
déterminée que mena le Général en matière de Culture : il déclare « la Culture est un
élément essentiel de la grandeur de la France. »
Paradoxalement, pendant longtemps la France, ce vieux pays pétri de culture(s), ne s’était
pas dotée d’un ministère digne de ce nom. Aussi, dès son retour aux affaires, le président de
la nouvelle République charge-t-il son premier ministre, Michel Debré, de constituer le
gouvernement : il lui glisse : « Il vous sera utile de garder Malraux. Taillez pour lui un
ministère, par exemple, un regroupement de services que vous pourrez appeler « Affaires
culturelles ». Malraux donnera du relief à votre gouvernement. ». André Malraux, immense
écrivain, membre des brigades internationales, résistant et ami personnel de de Gaulle,
accepte le maroquin proposé et, avec le soutien sans faille du général, va donner à ce
nouveau ministère la dimension qu’il mérite.
Les initiatives et les réformes s’enchaînent avec pour mot d’ordre : la Culture ne doit plus
être la chasse gardée des élites. Ainsi, entre 1961 et 1968, huit maisons de la Culture seront
inaugurées : elles diffusent les arts en général, notamment le théâtre, la musique, le cinéma
et les arts plastiques. Situées en province, sept de ces huit premières Maisons de la Culture
constitueront, à bas bruit, un premier pas vers la déconcentration de la Culture, même si les
financements de ces établissements restent encore dans les mains de l’État.
En matière d’affaires culturelles, la politique gaullienne sera également marquée par la
protection du patrimoine ; ainsi, dès le début des années 60, les monuments nationaux
seront restaurés et ravalés à commencer par Notre Dame de Paris et l’Arc de Triomphe dont
la noirceur liée à la pollution urbaine était stupéfiante.
Sans tomber dans un inventaire à la Prévert, la décennie de Gaulle fut aussi le soutien
financier aux compagnies de théâtre, au monde du cinéma et plus généralement aux
artistes, la diffusion de la langue française au travers des instituts culturels français à
l’étranger et les échanges artistiques internationaux ; pour ce dernier point, on se rappellera
que la Joconde traversa l’atlantique à bord du prestigieux paquebot France pour séjourner
de longs mois à la National Gallery de Washington. Enfin, n’oublions pas qu’en 1962 Malraux
confiera à Marc Chagall la réalisation d’une fresque monumentale destinée à orner le
plafond de l’Opéra Garnier.
Cette politique culturelle volontariste impulsée par le duo de Gaulle/Malraux ira, hélas,
decrescendo durant les années 70 ; cependant, il est juste de signaler son important regain
d’activité créatrice durant le double septennat du président Mitterrand et de son ministre de
la Culture, Jack Lang.




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