Souvenirs d’un boomer
- Alain Camilleri

- 1 juin
- 2 min de lecture

Voici le temps du rituel tournoi de Roland-Garros ; je regarde devant mon écran des deuxièmes couteaux de l’ATP se faire un plaisir de crucifier des têtes de série sur la belle terre ocre de la porte d’Auteuil et, par vagues, les souvenirs m’assaillent.
C’était au début des années 80’, celles des Reagan, Thatcher, Kohl et Mitterrand. Tous ces chefs d’État contemporains des tragédies de la seconde guerre mondiale, qui ne voulaient pas que cela recommence ; sans compter Gorbatchev qui se préparait à tenter l’impossible perestroïka avant d’être le syndic de faillite de l’URSS.
En France, une moitié du pays, espérait tout du changement politique récent, tandis que l’autre moitié se réfugiait dans l’opposition qui attendait son heure.
C’est dans ce contexte de bascule, qu’avec mes vieux potes du grand immeuble de la rue du commandant Mouchotte situé au cœur de Montparnasse, nous nous enflammions pour les montées au filet d’Edberg, les volées gagnantes de Pecci, le jeu de métronome de Borg, les coups de gueule de Mac Enroe et les fulgurances de Yannick Noah, le chouchou du central.
Parfois, à l’improviste, un samedi de première semaine du tournoi, nous décidions de filer au stade Roland-Garros ; sans réservations, nous nous entassions sur un des bancs situés tout au sommet des gradins, À chaque fin de jeu, nous commentions les péripéties du match ou pouffions de rire quand le plus âgé de notre groupe, le charismatique Hayem, encourageait Mac Enroe d’un tonitruant « come on Johnny ! » assorti d’un accent pied noir qui rendait hilare une bonne cinquantaine de spectateurs alentour !
À l’époque, malgré des charges professionnelles et familiales déjà non négligeables, nous buvions la vie par petites gorgées et savourions la douceur de vivre des eighties !
Que reste-t-il de ces années ? Des souvenirs tièdes et joyeux de personnes plutôt privilégiées. Souvenirs qui, filtrés par le sablier inexorable du temps, s’estompent doucement dans nos mémoires. Puissent les jeunes générations qui nous remplacent aujourd’hui avec talent, se prémunir du vent mauvais qui poussent vers nos cieux de lourds nuages menaçants. Alors, le moment venu, à leur tour, ils coucheront sur le papier ce genre de prose.




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